Face à ce qui échappe, une phrase brève qui desserre l'étau du contrôle.
Abou Moussa (qu'Allah l'agrée) rapporte : « Nous étions en voyage avec le Prophète ﷺ. Chaque fois que nous montions sur une hauteur, nous élevions la voix pour dire le takbir. Le Prophète nous dit alors : "Gens, allez doucement avec vous-mêmes : vous n'appelez pas un sourd ni un absent, vous appelez Celui qui entend et qui voit." Puis il vint vers moi, alors que je disais intérieurement : "Il n'y a de force ni de puissance que par Allah." Il me dit : "Abdallah ibn Qays, dis : Il n'y a de force ni de puissance que par Allah, c'est l'un des trésors du Paradis." »
Rapporté par Abou Moussa al-Ach'arî (qu'Allah l'agrée)
Sahih al-Boukhari, n°6384
La leçon à en tirer
Rapporté par Abou Moussa al-Ach'arî (que le Prophète appelle ici par son prénom, Abdallah ibn Qays), ce hadith se déroule en voyage. La scène s'ouvre sur un groupe qui crie le takbir en haut de chaque colline ; le Prophète ﷺ les apaise : « Allez doucement avec vous-mêmes, vous n'appelez pas un sourd. » L'enseignement glisse ensuite, presque confidentiel, vers une formule qu'Abou Moussa récitait en silence, et que le Prophète vient renforcer en la nommant trésor du Paradis.
La formule (Lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh) est littéralement : « Il n'y a ni mouvement ni force sinon par Allah. » Sa portée est moins théologique que psychologique au quotidien. Elle est traditionnellement prononcée au moment précis où l'on ressent l'impuissance : une nouvelle imprévue, un plan qui s'effondre, un poids qui dépasse ce qu'on croyait pouvoir porter. La phrase ne nie pas la difficulté ; elle déplace l'endroit d'où l'on tente d'y faire face. Elle rappelle qu'une partie de ce qui arrive ne dépend pas de nous, et qu'il est possible de relâcher l'obsession du contrôle sans cesser d'agir.
La formule condense en quatre mots un geste que d'autres traditions ont nommé autrement : la dichotomie du contrôle chez les stoïciens, le lâcher-prise des pratiques contemplatives. La grammaire change, la structure tient : reconnaître ce qui échappe pour cesser de le combattre, et récupérer l'énergie dépensée en vain.
À appliquer concrètement
- Dès que la panique monte, trois respirations puis 'Lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh' (force et puissance ne sont qu'en Allah) avant de réagir.
- Tenir un compte approximatif pendant deux semaines : combien de fois la phrase est nécessaire ? Ce que ça dit du niveau réel de tension.
- L'utiliser aussi pour les petits agacements (retard du train, file d'attente, mail énervant) : l'outil se rode sur l'ordinaire avant d'être prêt pour l'extraordinaire.
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